Ma fille de six ans a perdu sa première dent de lait, la semaine dernière. « Non, ne la mets pas en-dessous de mon oreiller, je ne veux pas que la fée des dents vienne, je veux garder ma dent. » Elle veut aussi la préserver de la « petite souris » (pequeño ratoncito) parce qu’au Mexique, d’où vient son père, c’est une petite souris, et pas une fée des dents, qui remplace la dent par de l’argent.
Ce qui me frappe, c’est sa croyance en la magie (fée des dents, pequeño ratoncito), son désir de changement (grandir) et à la fois son besoin de s’accrocher à quelque chose de sacré (sa première dent).
Quand je pense au travail accompli par Filles d’action l’année dernière et en particulier à la chance que nous avons eu de collaborer avec des ÉTINCELLES pendant la campagne PROVOQUEZ DES ÉTINCELLES, ce sont les croyances innées de ma fille qui me reviennent à l’esprit.
Pendant que nous recrutions des ÉTINCELLES – des modèles féminins de tous les horizons et de partout au pays – pour qu’elles participent à une campagne de sensibilisation visant à inspirer les filles et les jeunes femmes à réaliser leur potentiel, des mouvements de changement de grande envergure faisaient des flammèches dans le monde. Des soulèvements politiques se produisaient au Moyen Orient (le printemps arabe), un mouvement qui a vu la population descendre dans la rue pour dire « nous en avons assez » des gouvernements non démocratiques. Ce message a inspiré le mouvement « Occupons », nourri par des gens de différentes classes et de toutes les couleurs, à mettre en lumière des inégalités sociales et économiques et à scander le slogan « Nous sommes 99 % », remettant en question la concentration de la richesse entre les mains de 1% de la population.
Le premier anniversaire du printemps arabe vient de passer et comme la poussière continue de retomber, il n’échappe pas aux critiques, tout comme le mouvement « Occupons » : où sont les femmes? Comment les peuples autochtones, qui ont souffert de nombreuses injustices en raison de décennies de colonisation, vivent-ils la métaphore de l’occupation? Ces mouvements entraîneront-ils vraiment des changements ou est-ce seulement un phénomène de battage des médias (sociaux)? Etc.
Par définition, les mouvements sociaux sont des efforts à long terme complexes, diversifiés, parfois contradictoires et qui rencontrent pleins d’obstacles. Dans sa présentation webinaire intitulée « Transformer le pouvoir », Judy Rebick, une figure de proue des mouvements sociaux, militante, journaliste et éducatrice (et une ÉTINCELLE de Filles d’action), a dit que certaines personnes pensent que ces mouvements se produisent spontanément, mais qu’ils sont en fait généralement l’aboutissement de plusieurs années de travail. Ce qui les garde en mouvement, c’est la volonté de personnes mues par une vision; des personnes qui croient que le changement est nécessaire et possible, et ce, même dans les domaines « privés ».
Leader du Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA) au début des années 1990, Judy est devenue une figure marquante du mouvement canadien des femmes alors en pleine évolution et une meneuse des luttes pour repousser et remettre en question les limites sociales et personnelles des femmes. Au panel intergénérationnel de Filles d’action, au printemps dernier, Judy Rebick a confié que son plus grand défi en tant que militante, et ce qui la rend le plus fière, c’est de devoir changer constamment.
« Je me suis rendu compte que toutes les qualités qui me faisaient réussir dans le monde m’amenaient à faire vivre de l’oppression aux autres femmes. Ça a été une leçon vraiment difficile. »
Sa prise de conscience la plus importante: « Si on veut être une militante, si on veut changer le monde, on doit être disposée à changer constamment. Ce ne sont pas les mêmes choses qui fonctionnent pour changer le monde en 1970, en 1990 et en 2011. Jusqu’à ce moment-là, j’étais pas mal rigide, mais parce que j’étais très déterminée à ce que le CCA change, j’ai moi-même changé, et je n’ai jamais arrêté de changer. En fin de compte, je suis devenue beaucoup plus heureuse. »
Uzma Shakir, une autre ÉTINCELLE de Filles d’action, s’est elle aussi réinventée elle-même. Lors du panel de Filles d’action à Toronto, auquel elle participait au côté de Judy, Uzma Shakir a parlé des obstacles qu’elle a rencontrés comme immigrante et, peu de temps après, comme nouvelle maman au Canada.
Quand Uzma a découvert que ses diplômes du Pakistan et de l’Angleterre ne suffisaient pas pour travailler pour les affaires étrangères au Canada, elle a regardé quelles étaient ses possibilités : « Je me suis faite la championne des étrangers, pas tant des services pour l’étranger que des services pour les étrangers. »
En raison de son travail sur le terrain, elle est devenue porte-parole de la communauté sud-asiatique de Toronto; aujourd’hui directrice du Bureau de l’équité, de la diversité et des droits humains de la Ville de Toronto, elle représente désormais plusieurs communautés.
« Une des choses positives qui ressortent du fait d’être au Canada, c’est de rencontrer des personnes qu’on n’aurait pas rencontrées autrement. J’ai eu la possibilité de me construire une identité politique sud-asiatique que je n’avais pas auparavant, puis je suis devenue une femme de couleur, puis je suis devenue militante pour la justice sociale. Imaginez à combien de femmes je peux me rallier maintenant! »
Les ÉTINCELLES Judy Rebick and Uzma Shakir concluent que le chemin n’est pas facile (pour personne), mais qu’avec de l’espoir et une vision pour le changement social, quand on n’oublie pas qui on est et qui on veut devenir, tout est possible. Ce qui est remarquablement semblable au désir de ma fille de s’accrocher à qui elle est (symbolisé par sa dent de lait) tout en se projetant dans l’avenir (grandir) et en croyant que tout est possible (même la magie). Ces instincts qui ont faim de changement et qui veulent le mettre en place, il suffit parfois de les ramener à la surface, et peut-être dans les rues?
Les semaines qui viennent, surveillez le site! Des ÉTINCELLES, dont Andrea Simpson Fowler et Kristi-Lane Sinclair, écriront des billets de blogues où elles partageront leurs réflexions sur les mouvements sociaux et nous parleront de leurs choix de vie, de leur parcours de leadership et de ce qui les inspire pour le changement.

































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